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BP Black Piranha : Électro-incisif

Kristof G
5 juin 2012
BP Black Piranha : Électro-incisif

Il y a de cela quelques semaines, y’a le nom de BP Black Piranha qui est apparu, sans crier gare, dans ma boîte courriel. Du coup, c’est la faute à Matt, leader de Devil Eyes, groupe de noise punk vraiment sympa, dont on vous parle sur BangBang depuis déjà une couple d’années. Matt vient de se partir une petite étiquette de disque (Talking Skull Records, spécialisé dans la cassette!) et sortira sous peu Pas Propre, Propre, le tout premier album de BP Black Piranha (suivant le mini Polytoxicomania, sorti en décembre dernier). C’est le nouveau groupe – un duo en fait – du batteur des Guenilles, groupe qu’on pourrait qualifier d’électro punk bruyant. Intrigué, je suis allé récemment rencontrer Jonathan Bigras (claviers, rythmes préenregistrés et voix) et Nathalie Gélinas (voix et bruits), pendant les tests de son précédant un concert d’un autre de leurs groupes, Violence.

Amis de longue date, les deux protagonistes de l’histoire de BP Black Piranha sont devenus un jour un couple et, presque instantanément, un duo musical. « Je voulais faire quelque chose de trippant avec Nathalie, lui faire vivre la vie de groupe », se rappelle Jonathan. Ça doit faire environ un an de cela. Afin d’allier le bagage électro de Nathalie et les influences punk hardcore de Jonathan, ce dernier s’est enfermé dans son studio, pour en ressortir avec quatre pièces et une ébauche sonore du « méchant d’électro » (dixit Nathalie) recherché, qu’ils manipulèrent ensuite à deux avant de trouver le ton parfait, à l’aide de toutes sortes de pédales de distorsion. Et pour faire du bruit, « on n’en a pas besoin de guitare », de clamer Nathalie qui, en plus de gueuler allègrement dans un micro joyeusement fuzzé, joue aussi du pick up acoustique.

BangBang : Comment on fait ça, jouer du pick up sans guitare? C’est pas un peu aléatoire?
Nathalie Gélinas : Pas vraiment, avec de la manipulation dans l’espace et où je place les boutons… je sais où ça mord.
BB : Comme un poisson! Vous êtes des amateurs de pêche ou quoi?
NG : Pas du tout.
BB : Ça t’écœure des poissons avec des hameçons dans la gueule?
NG : Ben non, j’aime ça… mais on saurait pas où mettre les vers, l’apprêter, le manger…
BB : Tu préfères l’attraper à l’épicerie?
NG : Pas en manger du tout? (rires)

C’est bon, on a compris on n’ira pas manger de sushi. On parlait plus haut de la filiation entre Matt Lee de Devil Eyes et BP Black Piranha, mais elle ne s’arrête pas là. BP, en plus de partager son local de pratique avec Les Guenilles, héberge aussi Fleshmoves, groupe incluant des membres de Devil Eyes et des Guenilles (en plus de gens issus de David & the Woods et Desert Owls). Dans la même bâtisse, juste en dessous de leur local, se trouvent également le duo Crabe et Leamers (autre projet d’Emilor de Devil Eyes, incluant un des deux Crabe). Un beau grand écosystème rempli de bien belles bibittes. Qui produisent toutes pas mal de décibels. Mais BP Black Piranha, ça sonne comment au juste?

Jonathan Bigras : Même si y’a du synthé, l’approche est beaucoup plus punk rock qu’électro, et avec des structures de tounes vraiment short (…) De l’urgence, de la vitesse!
NG : Les tounes durent entre 40 secondes et 1 minute et demie.
JB : Comme Elvis, toutes ses tounes sont en bas de 2 minutes! (rires)
BB : Le King is in the building! Ha! Et les shows, vous approchez ça comment?
JB : On est nerveux pas mal… c’est un set-up auquel moi, je ne suis pas habitué, même si j’en ai fait des show…
BB : C’est pas ta zone de confort mettons.
JB : Du tout, du tout.
BB : Vous avez fait combien de shows à date?
JB : 5-6, à Montréal. Quand j’ai le temps.

C’est qu’en plus de sévir au sein du groupe heavy Les Guenilles, Jonathan, batteur de profession, est aussi derrière le kit du collectif électro post-pop à l’appellation ironique «Violence», du Punk Rock Karaoke, des Dales Hawerchuk (à l’occasion) et du légendaire combo rock garage yéyé Les Breastfeeders. Il revient à peine d’une série de concerts avec ces derniers, qui l’a mené dans les Maritimes et en France. « Je suis leur 11e drummer! », s’esclaffe Jonathan, qui adore toucher à toutes sortes de styles.

JB : Justement, avec Black Piranha, je voulais faire quelque chose que je n’avais jamais, jamais fait, comme jouer sur un playback de drum. (…) ‘Faut que tu sois ouvert d’esprit [pour aimer BP]. C’est autant pour ceux qui aiment l’électro, le hardcore ou le rock’n’roll…
BB : Bien que ça soit assez expérimental dans l’approche, c’est quand même simple dans la structure…
JB : C’est clair que tu retrouveras pas de King Crimson là-dedans. Ben basique, ben viscéral, ben spasmatique… c’est pas mal ça le but de la patente.
BB : Et les textes, on parle de quoi? Si on se fie aux titres, c’est pas un peu… choquant?
NG : Oui… ça semble être le bon mot…
JB : Mais c’est pas pour choquer en fait, c’est juste comme ça qu’on est…
NG : On ne se met pas de barrières… «Cru», peut-être?

Cru comme du poisson finalement. Avec des dents pointues en sacrement.

Lancement de Pas Propre, Propre @ Bistro de Paris le 15 juin, avec Fleshmoves.

blackpiranha.bandcamp.com

Crédit photo : Enrique Sanchez

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Kristof G

Exilé du Saguenay, Kristof G. est un reporter, mais surtout un spectateur, que ce soit de shows hauts en couleur (de musique qui rap’, qui frappe ou qui décape), d’expositions d’art fonceur et/ou racoleur et de films d’horreur comme d’auteur… bref, de tout ce fait vibrer cet authentique rêveur (et parfois ‘gameur’), qui critique et rime – en crime – sans reproche ni peur.