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Pierre Fortin : De l’huile de coude à revendre

Kristof G
24 février 2012
Pierre Fortin : De l’huile de coude à revendre

Que de talent se cache dans la section rythmique de vos groupes favoris, chers amis. Après avoir vu de fabuleuses bassistes d’ici comme Melissa Auf der Maur et Marie-Pierre Arthur prendre leur place sous les projecteurs, voilà que deux marteleurs bien en vue de la scène locale éclatent au grand jour avec leurs projets personnels. Alors que Julien Sagot de Karkwa sortait son album solo il y a quelques semaines, c’est maintenant au tour de Pierre Fortin, batteur des Dales Hawerchuk et de Galaxie de lancer son premier-né, bricolé avec son comparse Olivier Langevin. Jasette on-ne-peut-plus honnête entre deux pintes de stout, avec un passionné carburant au folk et au rock, jamais sans ses potes.

Dans un(e) Galaxie près de chez vous

Au moment de notre entrevue, en début de semaine, Pierre Fortin (même pas parent avec Fred ni Dédé, bien que natif du même coin de pays) était entre deux émissions de télé avec ses amis de Galaxie. Sur les ondes de Radio-Canada, Fortin s’apprêtait à enregistrer une performance à Studio 12 (avec en plus la participation Fortin en solo et de Sagot!) et revenait à peine de faire Pour un Soir Seulement (qui fut enregistrée au Manitoba et programmée par nul autre que Jim Corcoran, jumelant artistes francos à des anglos locaux – ici Romi Mayes).

Lorsqu’on lui rappelle que le dernier album de son groupe Galaxie a reçu pas mal d’accolades, Fortin ajoute, toujours étonné, que ça fonctionne super bien « surtout chez les anglos qui comprennent rien mais qui trippent pareil ». Donc, un projet solo en plus? Pas que le gars qu’on a aussi vu jouer avec David Marin et Xavier Caféine, n’était pas déjà assez occupé de même. Depuis quelques temps, il accompagne également Mara Tremblay et Gaëlle, entre deux shows de Galaxie ou des Dales Hawerchuk.

C’est justement en enregistrant le premier album de ces derniers que Langevin a recruté Pierre pour jouer sur Le Temps au Point Mort (2006) de Galaxie. Enfin, il intégra le groupe pour de bon, alors que Fred Fortin trippait au drum avec Les Breastfeeders. Depuis, il est allé une quinzaine de fois en Europe avec Marin et Galaxie, en plus d’un passage à Seattle avec le groupe des frères Séguin.

Punk et grunge (pucks pis granges)

Mais ce n’est pas un peu surprenant de voir un batteur s’improviser chanteur? Pas vraiment, étant donné qu’avant Les Dales, Fortin chantait et jouait de la six-cordes dans un autre groupe, avec son pote Charles Perron – qui a rejoint les rangs des Dales Hawerchuk peu avant la sortie de leur deuxième album, en 2008. « Moi, avec les Frères Cheminaud, d’la guit’ j’en ai joué en masse », de rappeler Fortin, qui sortit deux galettes entre 2002 et 2006, avec son quartette de country décomplexé.

Mais ça commencé comment c’t’histoire-là? Ce résident du Mile End (depuis 7 ans) s’explique : « à 13-14 ans, j’ai eu un drum Sears [en cadeau] de mes parents ». Rapidement, dans la maison familiale de son Roberval natal, il maltraita sa petite batterie en jouant pas mal de reprises de punk, pour finalement tomber dans le grunge. Il apprit à jouer de la guitare sur celles de ses chums puisque ces derniers laissaient souvent leurs instruments trainer chez lui.

Chez les musiciens, c’est bien connu, « tu jammes tout le temps chez le drummer ». Assez pratique pour un type qui se nourrit de musique. « Les premières tounes que j’ai jouées guit-voix, je les ai composées », de laisser tomber Fortin, qui travaille beaucoup les riffs et autres arrangements des Dales avec Sébastien Séguin. A-t-on réellement besoin de rappeler que ce sont tous des joueurs et des fans de hockey?

Mécanique d’Hiver : De l’huile sur la neige

Avant même de penser à en faire un album, Fortin commença à composer à temps perdu entre deux shows ou projets, il y a déjà près de 4 ans. « J’avais le goût de ne pas faire de rock; moi, chez nous, j’écoute plein d’affaires smooth, je voulais des guits acoustiques, des dobros… c’est venu naturellement », d’avouer le fan de Cohen et de Portishead, qui s’empresse d’ajouter que « tu le vois que c’est éparpillé… t’sais, y’a des affaires de tapées chez nous dans ma chambre; ça me tentait de faire quelque chose d’un peu plus «maison» (…), moins «finesse» comme Tigre et Diesel ».

On laissera le sympathique chanteur-guitariste-batteur s’expliquer, en vrac : « Je voulais aller ailleurs (…) ça fait longtemps que je voulais faire de quoi de même, plus Beck, plus folk Lac Saint-Jean, mais en même temps, ben moderne, introspectif (…) j’avais envie de dire ‘c’est pas parce qu’on est des rockeurs qu’on n’en vit pas aussi des histoires d’amour fuckées’ ».

Fortin l’a tout fait tout seul son album… enfin, aux deux tiers : « j’suis chanceux, j’ai pu travailler avec Olivier [Langevin]», qui l’a aidé à choisir les pièces, en plus d’avoir collaboré aux arrangements et de jouer d’un paquet d’instruments. Sur Mécanique d’Hiver, on retrouve également un autre des habituels comparses de la bande, en la personne de Daniel Thouin, qui a ajouté sa touche (!) aux claviers sur quelques pièces. Une belle bande d’amis qui collaborent souvent et « incestueusement » ensemble; des échanges généreux, passionnés. « On trippe tellement sur les mêmes affaires (…), c’est peut-être ça, le son du Lac ». Vraisemblablement.

Justement, au lancement, on retrouvera un Pierre Fortin bien entouré, avec Olivier Langevin à la basse (!), Daniel Thouin aux claviers, Charles Perron à la guitare et José Major derrière le kit. Si seulement, un jour, toute la gang élargie (Gros Mené, Les Dales, Galaxie, Mara, Gatineau, Karkwa, Les Frères Cheminaud, Band de Garage et tous leurs amis musiciens) se retrouvait dans un immense chalet dans le bois dans le nord du Lac, pour une grosse fin de semaine de jam, dont en résulterait un album artisanal dans la veine des Desert Sessions de la clique à Josh Homme (Kyuss, Queen of the Stone Age…). Me semble que ça serait malade. Peut-on rêver?

Lancement de Mécanique d’hiver @ Verre Bouteille (2116, Mont-Royal Est) le mardi 28 février (prestation : 18h)

Pierre Fortin avec Galaxie à La Nuit Blanche de Bande à Part (Festival Montréal en Lumière) @ Metropolis le samedi 25 février (prestation : 00h30)

Studio 12 @ la télé de Radio-Canada le dimanche 26 février (23h)

www.pierrefortin.mu

Crédit photo : Marie-Luce Lessard

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Kristof G

Exilé du Saguenay, Kristof G. est un reporter, mais surtout un spectateur, que ce soit de shows hauts en couleur (de musique qui rap’, qui frappe ou qui décape), d’expositions d’art fonceur et/ou racoleur et de films d’horreur comme d’auteur… bref, de tout ce fait vibrer cet authentique rêveur (et parfois ‘gameur’), qui critique et rime – en crime – sans reproche ni peur.