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Les Krostons : Délinquants (in)disciplinés, depuis 1989

Kristof G
1 février 2012
Les Krostons : Délinquants (in)disciplinés, depuis 1989

En 1969, des petits bonhommes verts dotés d’imposants chapeaux et de nez assez gros, posaient des bombes dessinées dans le journal Spirou et Fantasio. Deux décennies plus tard, un groupe punk québécois emprunta leur nom, histoire de faire les bruyants cons, sur cassette et surtout, en show. À l’aube d’un imminent concert réunion, Bang Bang est allé s’informer – entre deux pintes de houblon – sur l’évolution du plan de domination des Krostons, en compagnie des deux loquaces ex-punks et anciens colocataires Alex Blain et Patrice ‘Pat K’ Caron, respectivement bassiste et chanteur-fondateur de la formation.

En 1989, pouvoir trainer sa discographie dans la poche de son veston, ça relevait de la science-fiction. C’était bien avant que des sites Internet comme MySpace, Soundcloud, Bandcamp et autres Facebook ne facilitent la connexion entre les groupes de musique et leur public. Et pour simplement daigner espérer percer, il fallait également travailler d’arrache-pied. Le DIY, c’était aller dans le quartier chinois pour acheter les cassettes les moins chères pour y enregistrer son démo à pochette photocopiée, se rappelait Alex Blain.

Leurs contemporains, ils s’appelaient Les Malades Marteaux, les Unknownes, B.A.R.F., Banlieue Rouge, Les Flokons Givrés, Ripcordz, Possession Simple et évidemment Groovy Aardvark et Grimskunk.

Au commencement, Patrice «Pat K» Caron prit les rênes du projet, suite au décès prématuré d’un bon pote (qui devait faire partie du groupe, initialement appelé Malachop). Démarré sur la rive-sud de Montréal, le projet est inspiré par la scène punk française, menée alors par Bérurier Noir et Ludwig Von 88 – boite à rythmes à l’appui. Caron fut rapidement rejoint par Blain (Les Psys), peu après qu’il eut joué avec le groupe lors d’une soirée dans une maison des jeunes à Candiac.

Musicalement, ce seraient des éléments heavy comme Misfits et le métal de l’époque (Blain trippait sur Slayer, Scorpions et Randy Rhodes) qui auraient fait évoluer le son du groupe vers d’autres horizons. «La Mano Negra, c’est un peu le band qui amorcé la transition – pour moi en tous cas – de Bérus à quelque chose de plus développé», avoue avec le recul Monsieur K, avant que Blain ne rajoute Bad Brains à la liste. Évidemment, qui dit punk, dit aussi engagé et enragé. La bande à Caron était aussi nationaliste et antiraciste (et surtout réaliste), tout en étant maladroite et revendicatrice selon le fondateur, pour qui Jello Biafra des Dead Kennedys et Crass furent des grandes sources d’inspiration.

Tournée Internationale de Montréal

Des spectacles, Les Krostons en ont fait une bonne centaine en moins de cinq ans, que ce soit à Québec et Matane, mais surtout en périphérie de Montréal. « J’me souviens même pas d’avoir déjà été payé pour un show », de laisser tomber Caron, qui rockait visiblement par passion. Lorsque sondés sur leurs concerts marquants dans l’histoire du groupe, la paire s’entend pour dire qu’ouvrir pour Citizen Fish (ex-Subhumans (UK)) fut un réel accomplissement et ce, bien que la tête d’affiche dû interrompre sa prestation pour cause d’émeute (!).

Tout comme la fois où ils foulèrent les planches du regretté Spectrum, alors que la place affichait complet pour Me Mom and Morgentaler. Sans oublier évidemment leur passage à l’Hôtel de la Montagne (comment?) et au Téléthon des Étoiles (vraiment?).

Autre moment déterminant dans l’histoire des Krostons? Le premier passage au Québec des Ludwig, avec lesquels ils ont pu faire la fête. Caron se souvient que « quand [ils] sont venus jouer à Montréal la première fois, j’ai rencontré leur dessinateur qui s’appelait Alto (qui avait pris le relais de [Paul] Deliège sur la bédé Les Krostons) »; l’artiste (qui bossait aussi pour les Bérus) leur dessina une œuvre originale pour le tout premier t-shirt du groupe. Assez cool d’obtenir l’absolution d’un authentique Kroston, non?

Des histoires de brosses, ils en ont un char pis une barge, nos Krostons. On vous épargnera les détails, comme il y a sûrement des enfants à la maison. Mettons qu’ils étaient capable d’en prendre et de performer sous influence. Genre. C’est aussi ça, le punk n’ roll, vivre à 100 miles à l’heure, expérimenter, jouer avec le feu et se mettre en danger, tout en gueulant haut et fort sa rage envers l’autorité et les inégalités sociales.

Des cassettes et des punks

Au cours de leur carrière éclair, le combo à géométrie variable fit paraitre non moins de 5 démos (En Konsair au C.C.C., Vive les pétards, Georgette III : Le Massacre Continu., Malachop et Baboche tape) sur cassette, dont quelques uns produits pour une poignée de change par un « vieux bonhomme qui avait fait du prog’ dans les années 70; y rajoutait des effets sur toute! », se remémore Caron, avant d’ajouter que « c’est sur Baboche Tape que le groupe était à son meilleur ». Notez qu’après avoir été nommé en 1991 dans le palmarès annuel du Mirror, le groupe enregistra Baboche Tape (en 4 heures seulement!) au studio Peter Pan par Pierre ‘Obliveon’ Rémillard, producteur émérite de la planète métal – qui se trouve également à être le petit-cousin de Blain. Le groupe a aussi figuré sur la compil’ underground Lâchés Lousses 2, lancée la même année sur l’étiquette Tir Groupé.

« C’était dans le temps qu’on trippait plus Look People [de Toronto], Mr.Bungle, Fishbone, et qu’on allait voir tous les shows de Grimskunk », mentionne le chanteur, qui constate aussi « qu’on était comme des punks qui faisaient du progressif (…). On était dur à suivre! ». Blain renchérit : « Et on était dur à dealer avec aussi… parce qu’on était du monde qui avait ben de l’attitude… et plus on changeait de personnel, pire c’était! ». Sur l’arrivée dans le groupe d’Olivier Tardif, leur dernier guitariste, Caron s’étonne encore : « lui, y’arrive pis y’est straight mais y’est plus fou que nous autre; y’a comme structuré notre folie ».

Au total, plus d’une quinzaine de membres (surtout des guitaristes, mais aussi des batteurs et choristes) sont passés dans les rangs des Krostons. Caron se souvient que « vers la fin, on jammait 4 fois par semaine, trois heures de temps, c’était super intense, on faisait juste ça, avec des shows presque toutes les fin de semaines (…) on était fuckin’ tight! ».

Connaitre la suite…

Et puis, soudainement et sans préavis, on a tiré sur la plogue. « On a arrêté en ’93, mais tout le temps avec le sentiment qu’on n’avait pas fini quelque chose », d’avancer Caron, préférant rester vague sur les détails de leur séparation; on devine une fin en queue de poisson, sur fond de divergence d’opinions. Ensuite, les gars ont continué de rouler leur bosse, la plupart au sein de l’industrie de la musique. Avec Denis Lepage de B.A.R.F., Blain et son batteur des Krostons, René ‘Bits’ Hosson (Absolu) formèrent Guano, « le premier band à être signé sur Indica Records » de rappeler le bassiste. Quant au guitariste Stéphane Thériault, il s’est retrouvé par la suite avec Floating Widget.

Pour sa part, Caron n’a pas chômé. Le touche-à-tout de l’underground local – anciennement connu sous le nom de Pat K – est parti de son bord, pour ensuite former – entre autres – le duo hardcore-électro KhanGourou | Kungfuckers (avec DJ Mutante), faire l’animateur de radio à CIBL et fonder l’Empire Kerozen, qui contribua aussi à l’émancipation de plusieurs groupes locaux, comme Les Cowboys Fringants, Les Abdigradationnistes et Arseniq33. Selon Caron, ces derniers étaient en quelque sorte « un peu la suite de ce que Les Krostons faisaient » (incidemment, A33 enregistra une chanson intitulé Malachop en 2004).

Doit-on réellement rappeler que c’est ce même bourreau de travail (qui est aussi derrière le projet de Musée du Rock n’ Roll du Québec) qui cofonda il y a déjà six ans le journal Bang Bang, chez qui il assura le poste d’éditeur jusqu’à la dernière année de parution de la version mensuelle et imprimée? C’est ce qu’on croyait.

Et qu’est-ce qu’on fait maintenant?

Mais pourquoi se reformer en 2012? « Fallait qu’il y ait une raison pour jammer », de laisser tomber Caron, qui s’était déjà fait approcher l’an dernier par l’ami Starbuck (qui pourrait bien être son fils spirituel, tant leurs parcours professionnels sont similaires), avant que ça ne tombe à l’eau. Afin de se motiver, Caron rappela Starbuck début janvier pour bloquer une date au calendrier du prochain Buckfest.

Sinon, y’a d’autres plans? « Alex a ouvert un studio depuis [Alx Muzic, avec François Coderre, chanteur des Unknownes], et est en train de remasterer tout ça », d’avouer Caron, en parlant de leur ‘discographie’ en 5 cassettes démo. Ça tombe vachement bien, le groupe vient tout juste de mettre en ligne une compilation numérique de 15 titres intitulée Délinquances Juvéniles 1989-1993. En espérant qu’ils nous sortent ça sur vinyle et cassette. Punk’s not dead.

La mouture 2012 des Krostons:

  • Patrice Caron (voix)
  • Alex Blain (basse)
  • René ‘Bits’ Hosson (batterie)
  • Stéphane Thériault (guitare)

Vendredi le 10 février au Petit Campus, avec Vulgar Deli, Horny Bitches, Gerbia, Rat Patrol et Les Guenilles. Portes à 20h, spectacle à 21h tapantes. Billets à 10$, en vente le soir du show.

leskrostons.bandcamp.com

Pour plus d’infos sur le 11e Buckfest…

Le Buckfest 2012 se tiendra du 4 au 11 février (à L’Esco tous les soirs sauf les 10 et 11 février, au Petit Campus) et présentera plus de 30 groupes 100% indépendants!

Pas encore de commentaire.

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Kristof G

Exilé du Saguenay, Kristof G. est un reporter, mais surtout un spectateur, que ce soit de shows hauts en couleur (de musique qui rap’, qui frappe ou qui décape), d’expositions d’art fonceur et/ou racoleur et de films d’horreur comme d’auteur… bref, de tout ce fait vibrer cet authentique rêveur (et parfois ‘gameur’), qui critique et rime – en crime – sans reproche ni peur.