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LE BLOB

Festival Voix d’Amériques ‘11 : MAdM, Faubert et leurs métalleux

Kristof G
13 mars 2011

Ce n’est pas dans n’importe quel festival ou événement musical qu’on peut s’attendre à être surpris, à vivre des moments inédits, à halluciner sur des concepts aussi alléchants sur papier que risqués. En deux soirs consécutifs, Voix d’Amériques nous a offerts autant d’exceptionnels  concerts livrés par leurs têtes d’affiches de cette 10e édition accompagnés de leurs respectifs hommes de fer.

Tout d’abord, le ‘brisage’ de glace se faisait à La Tulipe, tôt vendredi soir, avec la carte blanche de notre rockeuse préférée Melissa Auf der Maur (lisez notre plus récente entrevue ici). Tout un programme que la belle rouquine nous avait préparé pour son 3e concert montréalais en 8 mois. Car pour MAdM, se répéter n’est même pas une option. On put s’en rendre compte dès notre arrivée au toujours aussi joli ex-théâtre La Tulipe, alors que des programmes physiques (cool souvenir!) étaient disposés sur les tables.

À la lecture de ce set-list public, on constata que le concert serait en trois temps (acoustique, synthétique, électrique, tel que décrites par la bassiste), chacune des parties introduites par des interludes audio-visuelles (incluant nul autre que David Lynch, à la narration!) et parsemées de reprises d’artistes plus ou moins heavy mais toujours pertinents, le tout déployé en un habile crescendo sonique sur un peu plus de 90 minutes.

Elle partit le bal avec un bloc plutôt dépouillé (sans section rythmique), ouvrant avec la pièce titre d’Out Of Our Minds, suivie d’une reprise de The Smith et de Meet Me On The Dark Side, MAdM s’appuyant seulement de ses fortiches guitaristes Will Tendy et Alex Crow (One-976, Tricky Woo, Kosmos, Caféine…).

Ensuite, le côté plus métal + expérimental arriva avec les bidouillages industriels et les blasts de sax de l’invité spécial, Jørgen Munkeby (de la formation métallique et avant-gardiste norvégienne Shining). Au menu, un trio de sombres reprises : Love Like Blood de Killing Joke, Wolf Moon de Type O Negative (bel hommage déconstruit au groupe de Peter Steele, trop vite parti il y a près d’un an) et Devil’s Play Thing de Danzig (autre version de MAdM ici).

D’ailleurs, en fin de bloc, la voix de ce dernier est venue hanter La Tulipe, alors que MAdM interpréta seule au micro l’intense Father’s Grave, son duo avec l’ex-Misfits (comme elle l’avait fait au Cabaret en novembre dernier). Du métal cérébral qui peut donner des frissons. Du bonbon.

Le bloc final rockait pas mal, alors que le batteur George Donoso III (The Dears, The High Dials) vint tenir le rythme, pour un quartette de compos de MAdM (l’entrainante Isis Speaks, l’envoûtante I Need I Want I Will, l’inquiétante 22 Below et la surpuissante Followed The Waves), avant qu’on réinvite sur scène Munkeby, afin d’assombrir la galopante Skin Receiver (l’un des moments forts du concert, lors duquel le Norvégien put saxer et grogner un brin) et de clôturer le tout en beauté avec une parfaite reprise de The Doors, When the Music’s Over (semblable à celle-là).

Fou malade (comme les efficaces projections de Foumalade). Difficile de ne pas repartir en planant de la salle, après un si unique récital.

***

Dire qu’on remettait ça le lendemain, à la chaleureuse Sala Rossa, avec Spoken Métal, un trip folklorique intersidéral, mêlant trad’ et métal. Say what? En moins de temps que ça prend pour crier Groovy Aardvark, on était conquis (le spectateur Vince Peake aussi). Le (ra)conteur d’expérience Michel Faubert avait invité les gars de Voïvod à venir faire son back-up band le temps d’un concert extraordinaire, où il fut pas mal question d’apparitions et d’extraterrestre… comme dans les tounes du groupe de Jonquière, notre groupe métal le plus populaire, qui tourne depuis plus d’un quart de siècle tout l’univers.

Évidemment, un tel mariage (convenons-le, assez improbable) est plutôt risqué; d’autant plus qu’on peu supposer que le public de l’un n’est pas nécessairement familier à la discipline de l’autre. Bien que l’exercice aurait gagné à être mieux ficelé (certains moments étaient un brin hétérogènes, le conte passait le relai à la musique et inversement), le jeu en valait diablement la chandelle, contenant son lot de moments insolites. Des shows comme ça n’arrivent qu’une fois. ‘Fallait tout simplement être là.

Derrière et de part et d’autre de la chaise de Faubert, on retrouvait l’énergique batteur Michel ‘Away’ Langevin, appuyé de son fidèle bassiste flegmatique Jean-Yves ‘Blacky’ Thériault et du chevelu Dan Mongrain (de Martyr, en remplacement de feu-Denis ‘Piggy’ D’Amour, emporté par la maladie en 2005). Faubert eut la bonne idée d’ouvrir les hostilités en invitant un allié trad’ en la personne de Nicolas Boulerice du groupe Le Vent du Nord, qui nous a réellement épatés en malmenant son instrument, une vielle à roue, dont émanait des sons surprenament démoniaques. Wow. Mention également aux échantillonnages sporadiques et spatiaux de Ramachandra ‘DJ Ram’ Borcar, durant les absurdes ‘séquences d’interrogatoires’.

Au niveau musique, en plus de moments jammés plus space rock en sauce bluesy, on eut majoritairement droit à des versions instrumentales remaniées de pièces de Voïvod (très hard rock métallique), comme Forlorn (chantée par Faubert!), Brainscan (!!) et Nanoman (de l’époque Eric Forrest!!!). Comme dessert, on a même eut droit à Astronomy Domine (leur célèbre reprise de Pink Floyd) et au classique Vooooooïvooooood avec Denis ‘Snake’ Bélanger au crachoir. Y’a sûrement une couple de têtes grises qui sont ressorties dépeignées.

Parmi les moments mémorables, on retiendra la pièce Prodigue (un texte de Michel X. Côté sur une musique composée par Eric Goulet des Chiens) et surtout ce passage inattendu de Pierre Flynn, qui monta sur scène interpréter son étrange 10000 Oiseaux Morts Éblouis, inspirée d’un bizarre fait divers. Une soirée biscornue où il n’y avait pas de m’as-tu-vu mais tout plein de Lustucru.

Merci à D.Kimm et Les Filles Électriques, votre festival kicke des culs. Et ça continue (jusqu’au 18 mars : http://fva.ca/).

Photos: Kristof G.

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Kristof G

Exilé du Saguenay, Kristof G. est un reporter, mais surtout un spectateur, que ce soit de shows hauts en couleur (de musique qui rap’, qui frappe ou qui décape), d’expositions d’art fonceur et/ou racoleur et de films d’horreur comme d’auteur… bref, de tout ce fait vibrer cet authentique rêveur (et parfois ‘gameur’), qui critique et rime – en crime – sans reproche ni peur.